EVODOULA

Sur la place qui tient lieu de gare routière les passagers, couverts de poussière, s’extirpent de la veille guimbarde gémissante. EVODOULA, chef-lieu de l’arrondissement du même nom apparaît. Malgré un potentiel agricole considérable et des populations dynamiques, le cours du temps semble ici avoir suspendu son vol, depuis quelques décennies. D’où l’aspect vieillot de cette localité nichée à 45 kilomètres de Yaoundé. Notre reporter y a séjourné.
La petite cité carrefour, située à 45 minutes de la capitale, tente de forger son destin, en exploitant ses attouts naturels
Surchargé et misérable, le véhicule poussif peine à gravir l’ultime pente. Nous retenons notre souffle. Nous sommes sur le point d’entrer à Evodoula , chef-lieu de l’arrondissement éponyme, situé à 45 minutes de Yaoundé. Voilà que soudain, elle apparaît, au détour d’une route sinueuse, sur un plateau. Sur la place qui tient lieu de gare routière, les passagers, couverts de poussières s’ s’extirpent l’air comique, de la veille guimbarde gémissante. On a maintenant hâte de découvrir la ville. Nous allons patrouiller avec la voiture de quartier en quartier. Une promenade rythmée par les entrelacs de ruelles, de petites montées et descentes. La cité est bâtie sur un plateau. Les historiens font remonter la fondation de la ville dans les années 60. Chef-lieu de district en 1964, Evodoula sera érigée en arrondissement en 1968. Les habitants nous expliquent qu’à l’origine, précisément à l’époque allemande, Evodoula qui signifie en langue Eton, pause ou arrêt, était le village-étape, le lieu idéal pour les caravanes, pour se reposer, au besoin, se ravitailler avant de poursuivre leur voyage, à pied, vers la côte du Cameroun.
Le voyageur débarquent pour la première fois à Evodoula n’éprouve aucune surprise. Les images reçues l’ont suffisamment averti du caractère du site et de sa silhouette de ses vieux bâtiments administratifs. Ce sentiment dèjà-vu, il continue à l’éprouver sans réelle déception au quartier administratif, au marché, et dans les quartiers. Eh bien oui, il faut l’admettre. Evodoula est à l’image de son histoire : un peu laissée à l’abandon. Indifférents, les habitants assistent impuissants à la lente agonie de leur ville. La sous préfecture, la résidence du sous-préfet et de l’adjoint d’arrondissement dont les façades ont été délavées par le temps et les intempéries nécessitent une urgente restauration. A l’exception de l’école publique, qui se dresse fièrement en face de l’hôtel de ville, rien n’a changé. En contre-bas, au centre commercial, où règne une cacophonie totale, Evodoula dévoile ses plaies les plus profondes. Les mêmes cases, construites en désordre ça et là, sans esthétiques, ni plan sont toujours présentes. Les herbes ont envahi de grands espaces et gagné certaines ruelles. Des arbustes poussent dans les décombes. Si l’accès à l’eau et à l’électricité ne pose aucun problème, en dépit de coupures intempestives, l’éclairage public reste un autre point d’ombre. C’est dire que le marché ne regorge plus d’activités comme à la fin des années 70, lorsque les cours du cacao, mamelle de la localité, battaient des records historiques. Il est indéniable aujourd’hui que le taux de croissance de la ville d’ Evodoula est faible. Pendant ce temps, les institutions intervenants dans le domaine de l’environnement n’ont pas hélas, suivi le même rythme. Et c’est cela qui constitue aujourd’hui le champ de batailles du nouveau maire, Jean Menounga. Des problèmes qui se sont amplifiés, notamment par l’effondrement du pont sur la Ngobo, qui a pour effet de ruiner l’activité économique de la localité et d’en réduire les recettes de la municipalité.
L’effondrement du pont sur la Ngobo sur l’axe Evodoula Yaoundé est au centre de tous les commentaires et autres frustrations. Comment en est-on arrivé là ? A qui incombe la réparation de cet ouvrage et à quand sa remise en service ?
Il se trouve qu’en juin 2005, un camion transportant des matériaux de construction a raté la bande de roulement et est tombé dans l’eau, occasionnant ainsi la mort d’un passager. Cette chute était liée à l’affaiblissement du pont et au vieillissement de l’ouvrage. Parce que nous inaugurions la campagne cacoyère, les camions chargées de produits qui continuait à l’emprunter l’ont graduellement endommagé. Ainsi averti de la situation, j’azi saisi la hiérarchie. Après le passage des experts, il avait été établi deux devis, l’un pour une bande de roulement en bois et l’azutre envisageaeit la constyruction d’unpont en béton arme. Les populations qui se plaignaient ne savaient pas que la haute hiérarchie était saisie du problème et qu’on avait prit des mesures appropriées, au regard de l’urgence de al question. Le premier ministre avait donné des instructions. Certes, mais vous vous en doutez bien que nous étions à la période précèdent l’atteinte du point d’achevement de l’initiative PPTE et que, selon l’ordre des propriétés, nous étions obligés de patienter un peu, aujourd’hui les choses se sont arrangées. La société hargée de refaire le pont sur financement de l’État est déjà à pied d’œuvre. J’effectue chaque semaine des descentes pour voir l’état d’évolution des travaux. D’ailleurs l’entrepreneur m’a affirmé que sauf imprévus, la circulation sera rétablie avant la fin du mois de février 2007.
Quels sont les atouts et les faiblesses de cet arrondissement ?
Je commence par les faiblesses, parce que je suis optimiste. La principale faiblesse d’ici, c’est la dispersion des forces vives qui cristallisent leurs énergies autour des combats politiques. L’élite n’arrive pas à se concerter pour la même cause. Une faiblesse moindre, c’est que la proximité d’avec Yaoundé entraîne l’exode rural de nature à ce que s’agissant d’une ville comme Evodoula, vous trouverez que les cacoyères sont toutes vieillissantes, du fait que fait la jeunesse ne s’occupe plus de l’agriculture. Les jeunes ne s’affairent plus dans les villages qui sont de plus en plus peuplés de vieillards. S’agissant des atouts, la proximité de Yaoundé permettrait que l’agriculture trouve des débouchés sur le marché. La capacité de l’homme de la Lékié à relever les défis et le calme social aidant, il y a lieu d’être optimiste.
Midi et demi, grand carrefour du marché, face à la gare routière, se dresse un arbre apparemment sans histoire. Sous cet arbre, baptisé en langue Eton »Mfufub Ele » qui signifie l’arbre sacré se tient le marché au vin de palme. Presque tous les jours. C’est sans contexte, le marché le plus prospère et, sans aucun doute, l’un des lieux insolites, les plus attractifs d’Evodoula. A l’ombre de l’arbre, s’alignent des bidons prêts à apaiser la horde de soiffards, venus s’abreuver pour le plaisir. Ailleurs, on s’attendait à voir trois ou quatre clients, évasifs piliers de bistrots devant un verre. Ici, on s’entasse, on bavarde, on parle fort, dans une chaleur amicale, on fraternise : rombières pimpantes, couples querelleux, vieux messieurs râleurs, mâchonnant leur kola, en dodelinant de la tête au rythme du Mvêt. Non, loin au bar d’en face, on propose autre chose : des sandwiches, du café, de la bière, etc.. Ici, on se contente d’éplucher un mets d’arachide ou de concombre accompagné d’un bâton de manioc.
A l’ombre de l’arbre sacré, c’e »st autre chose qu’au bar voisin. Ici, les choses semblent coûter moins cher. Tout se vend à son juste prix
Des « bistrots à vin de palme » et autres distilleries traditionnelles, il y en a comme cela deux ou trois dans la ville d’ Evodoula qui ne semble pas leur être hostile.
La vérité est que des autochtones ont été pris au dépourvu devant la nécessité de se créer une image de marque. Nous disons bien »créer », mais non choisir, car Evodoula n’a plus le choix. C’est déjà une petite ville cosmopolite qui ne peut ne peut se donner une image exotique qu’à l’ombre de son « arbre sacré ».
Pilleurs d’ »oko »
La culture et le commerce de la dentée appelée »okok » se sont fortement développés au cours des dernières années dans l’arrondissement d’ Evodoula. A cause de al forte demande toujours croissante sur le marché, l’okok réservées à l’alimentation se fait de plus en plus rare sur le marché local. A Evodoula, ce sont les trois quarts de la production qui sont emportés hors de l’arrondissement. Frustrant certains habitants qui n’hésitent pas se rendre nuitamment chez les plus gros exploitants, pour saccager ou piller la production. Question de décourage tous ceux qui seraient tentés de s’adonner à la culture intensive de cette denrée qui constitue l’un des aliments de base la contrée.